11 mars 2019

Double portrait


Il y a bientôt un an, j'ai eu la grande douleur de perdre Lola, ma minette adorée avec qui j'ai partagé presque 18 ans de ma vie. Je n'ai pas honte de le dire, c'est mon premier grand deuil, bien qu'ayant perdu tous mes grands-parents mais à qui j'étais assez peu attachée. J'ai perdu une compagne, un morceau de mon cœur, et cette douleur, cette blessure, même si elle s'est un peu atténuée avec le temps, fera partie de moi pour le reste de ma vie.

Quelques mois après, j'étais partagée entre d'une part le souhait de ne jamais revivre ça, et d'autre part la tristesse d'une maison sans chat et l'envie d'offrir un foyer à l'un des milliers de chats qui s'entassent dans les refuges français. De longues réflexions m'ont amenée à choisir d'en adopter deux en même temps, pour qu'ils se tiennent compagnie et aient une relation de chat entre eux et dépendent moins de moi affectivement. Le souci était qu'ils s'entendent bien, et comme j'habite aussi en appartement, les deux refuges consultés m'ont fortement conseillé de prendre deux chatons d'une même portée, pour l'entente et pour l'absence de jardin qui pose moins problème pour  des chatons n'en ayant jamais bénéficié (j'ai par contre un grand balcon plein de plantes).

Je suis donc revenue chez moi un beau jour d'été avec deux boules de poils, deux sœurs, Joy et Lily,  choisies au feeling dans une pièce contenant une quarantaine de chatons. Joy m'avait attirée parce qu'elle se trouvait juste derrière la porte qu'elle fixait, semblant se creuser la cervelle pour trouver par quel moyen elle pourrait sortir de là. La voyant dans mes bras, la dame du refuge, sachant que je cherchais deux femelles, m'a indiqué qu'elle avait une petite sœur. Le choix était fait.

Les premiers jours ont été difficiles pour moi, rouvrant la blessure et réveillant pas mal d'angoisses enfouies, et puis l'amour est arrivé et a résolu bien des choses.

Joy et Lily ont été trouvées toutes petites dans un carton, jetées comme des ordures par un minable salopard, amenées à la fourrière de la ville qui les a transférées à la SPA. Elles ont ensuite fait un séjour en famille d'accueil le temps d'atteindre 3 mois, l'âge requis pour les adoptions. Ce sont deux petites minettes adorables qui ont eu la chance de s'en sortir, contrairement à beaucoup d'autres, et maintenant c'est moi qui ai la chance de les avoir avec moi. Je tire aussi mon chapeau au travail que font les employés et bénévoles des refuges, submergés de chatons chaque année parce que des abrutis ne sont pas fichus de faire stériliser leurs chats, et tout aussi submergés de chats adultes et abandonnés par leurs familles.



Premier jour à la maison. On se tient les pattes pour se rassurer...

Lily, boule de poils gris et soyeux ornés par la nature d'un coup de pinceau blanc, offre au monde un mélange de douceur et de détermination absolue. Petit bélier né dans la peau d'un chat, elle aborde bêtises et grands câlins tendres avec le même enthousiasme, et a tendance à foncer d'abord et réfléchir ensuite. Grande chipeuse d'éponges et d'élastiques, elle aime par-dessus tout pourchasser mouches, punaises, moustiques et autres bêtes volantes à grands renforts de couinements excités. Elle se casse régulièrement et spectaculairement la figure mais ne s'en émeut guère, repartant de plus belle vers de nouvelles grandes aventures.

Joy, couleur d'automne et aussi fine que Lily est boulotte, aborde la vie avec un peu plus de circonspection, et laisse de bonne grâce sa sœur lui piquer ses jouets ou lui laver les oreilles. Très agile, sa queue interminable, son petit menton en avant et son air sérieux évoquent un petit singe des forets tropicales. Elle aime attraper des gourmandises d'une patte en cuillère, pédaler frénétiquement sur la porte du balcon pour qu'on la laisse rentrer, et grattouiller la couette le matin pour me réveiller. Petite personne polie et bien élevée, elle est aussi passionnée par la cuvette des toilettes et ce qui s'y passe, et n'aime rien tant que de réduire en confettis les rouleaux de papier.

Ensemble, elles alternent entre grand amour fraternel et poursuites folles se terminant par des bagarres pour rire, sans jamais montrer d'agressivité ou de jalousie. Les séances de toilettage mutuel un peu trop énergiques se terminent souvent par une partie de patty cake, mais le différend est vite oublié. Voir l'amour qu'elles se portent et savoir qu'elles passeront leur vie ensemble, alors qu'elles étaient destinées à être séparées, est pour moi une source de joie permanente.














Et si je déterrais ce joli petit framboisier fraîchement planté...






Je jure que c'est pas moi...